La route sombre

Quoi de mieux pour commencer que de parler d’un auteur dissident chinois ? Je vous présente La route sombre de Ma Jian.

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Autant vous dire tout de suite que ce récit m’a hautement perturbé. Il ne s’agit pas d’une lecture facile, et c’est tant mieux. Entendons-nous bien, le style d’écriture est typiquement asiatique et contemporain donc une suite de phrases sujet-verbe-complément, des tonnes de descriptions qu’on peut qualifier de crûes (oui, vraiment très crûes…) mais qui n’alourdissent pas le récit, bref, en soi, il n’y aucune difficulté pour le lire. Et puis j’aime particulièrement ce style d’écriture asiatique : lisez du Minh Tran Huy, Thûan, Murakami !

Le sujet exploité, par contre, est nettement plus délicat. Il s’agit de dénoncer la politique de l’enfant unique et comment elle a été mise en place en Chine. C’est un sujet tabou, donc forcément l’auteur s’est exilé, far far away, pour éviter les représailles avec le gouvernement chinois. Il vit dorénavant à Londres où il s’est marié avec sa traductrice ( I love you c’est meugnon). Mais le récit, lui, n’est pas du tout, mais alors pas du tout mignon.

On suit les pérégrinations d’un jeune couple de paysans : Meili et Kongzi (Kongzi qui est, par ailleurs, le petit fils de Confucius à la 76e génération). Tous deux ont une fille : Nannan, qui au début du roman a 2 ans, et qui en aura 11 à la fin de ce dernier.

Je ne sais pas comment vous dire ça autrement : si vous êtes une femme, il ne faut pas avoir peur des accouchements forcés, des meurtres d’enfants, de foetus avortés et autres joyeusetés dans le genre. Et encore ! Sans parler des viols et des camps de travaux forcés. Une femme en chine, n’a aucun pouvoir sur son propre corps : elle doit sans cesse vivre entre le désir de son mari, qui généralement veut avoir un fils, et le contrôle de l’état sur son propre vagin. [HS : Lisez ou allez voir la pièce Les monologues du vagin !]

Si on arrive à passer outre tout ça, je dirais que c’est un très bon livre. Je ne pense pas que l’intention de l’auteur ait été de plaire à un large public. Il dénonce, avec haine, avec force, dans un langage neutre, et ça nous percute. Je n’ai pas aimé ce que vivent les personnages mais c’est la dure réalité et on doit faire avec. J’ai une certaine admiration pour l’auteur d’ailleurs, qui risque sans cesse sa vie et celle de sa famille restée en Chine pour essayer de faire avancer les droits de son propre peuple.

Revenons au roman ! Notre petite famille, pour éviter les foudres du planning familial, décide de quitter leur foyer en quête d’une terre meilleure, c’est à dire un lieu où l’on peut mettre au monde son enfant et l’élever. Un long voyage les attends, et on découvre le quotidien des résidents chinois, les répercussions de cette nouvelle loi sur leur façon de vivre, etc. Ils arriveront notamment dans une ville surnommé « Commune céleste ». Pourquoi un tel nom ? Car il s’agit d’un véritable dépotoir, une ville pleine de déchets et autres substances toxiques qui rendent les hommes stériles. Si les hommes sont stériles, alors plus besoin de craindre de tomber enceinte, n’est-ce pas ? C’est aussi le rêve de Meili…

J’ai trouvé intéressant de lier ce passage du roman à une vidéo découverte il y a peu :

http://www.youtube.com/watch?v=WfGMYdalClU

Si vous êtes motivé et pas déprimé, je vous le conseille.

Place au prochain livre !

Eôs.

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