Madame Diogène

Dans son premier roman Madame Diogène, Aurélien Delsaux écrit un éloge de la folie ordinaire dans une France qui va à l’eau. Métaphore de la décadence animale de notre époque, est-ce la vieille enfermée dans son taudis ou la société dans laquelle elle vivait qui est la plus folle ?

 

9782226258274g

Et puis d’abord, qui c’est, Diogène ? En effet, le nom de cette dame qui n’apparait que dans le titre ne semble pas être choisi au hasard. Philosophe grec controversé, Diogène de Sinope serait lui aussi considéré comme fou de nos jours. De l’école des cyniques, il vivait selon ses propres dires « comme un chien », au mépris des richesses et conventions sociales. Ses deux plus grandes citations sont « Je cherche un homme », à traduire selon moi comme « Je cherche de l’humanité » ; et « Ôte-toi de mon soleil », adressé à Alexandre le Grand pour lui signifier son mépris du pouvoir des hommes. Folie ? Sagesse ? Toujours est-il que pour moi, porter le nom d’un clochard-philosophe de l’Antiquité qui prône l’indépendance d’esprit et de mœurs face à son époque, ce n’est pas anodin.

diogene09

En digne « femme du philosophe », Madame Diogène dérange. Pas encore le pouvoir en place, certes, mais plutôt tout son immeuble, et ce depuis … depuis ? Elle ne sait plus. Enfermée dans un appartement transformé en terrier selon elle, en dépotoir ou décharge selon ses voisins, elle infeste tout l’immeuble de sa puanteur et des bestioles attirées par ses déchets. Ses « choses » comme elle pense. Là, elle est en sécurité. Là, rien ne peut l’atteindre, comme un animal terré au milieu de ses immondices.

Quand le moindre souvenir, la moindre parole s’est envolée, que reste-t-il ? La folie ? Les instincts animaux ? Reste-t-il seulement un peu d’humanité en elle ? Ou dans les autres ? (« Je cherche un homme » !!) Qu’est-ce que l’humanité quand la rue ressemble à son appartement, que les déchets s’entassent dans la rue, que la mort d’un gréviste ou d’une petite fille n’émeut plus personne, que son voisin reste un inconnu, un ennemi ?

Et si la déchéance de Madame Diogène n’était que l’écho de son époque, de sa société, de son monde ? Et si ce que Diogène dénonçait en Grèce était toujours d’actualité ? Et si la société, la vie décrite dans ce livre n’était pas une caricature ?

Avis de Cat

Hors du temps, de l’espace, de la logique, ce livre m’a perturbée, dérangée. Pas dans le sens où l’histoire m’a dégoutée ou écœurée, mais plutôt dans celui où il m’ouvrirait les yeux sur une vérité que je ne voudrais pas voir, consciemment ou non. Je ne retiendrai que deux questions de ce roman : Où est l’homme ? (merci Diogène) et « Qui caressera mes os ? » (merci Madame Diogène). Le tout à méditer.

Philosophiquement vôtre

Cat

Cat

Publicités
Cet article, publié dans Réflexion, Recherche de soi, Roman, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s